Jericó revient souvent dans les conversations à Medellín, mais presque jamais dans les guides en français. J'y suis allé trois fois depuis 2019, la dernière avec des amis venus de Bogotá qui cherchaient autre chose que Guatapé. Ce village du sud-ouest d'Antioquia a gardé son architecture coloniale sans la transformer en décor pour touristes. Voici ce qui m'a marqué, ce qui vaut le détour et ce qui reste anecdotique.
En bref
- Jericó se trouve à environ 3 heures de route au sud-ouest de Medellín, à 1 950 mètres d'altitude, dans une zone caféière encore peu fréquentée par les voyageurs étrangers.
- Une journée suffit pour le centre historique, mais deux nuits permettent d'ajouter une finca de café ou une marche dans le Parque Las Nubes.
- Le village est le lieu de naissance de Sainte Laura, seule sainte colombienne, et compte une vingtaine d'édifices religieux pour une bourgade de 13 000 habitants.
- Le carriel paisa, sac en cuir des muletiers, se fabrique encore dans des ateliers du centre, ouverts à la visite.
- La sécurité ne pose pas de problème particulier : c'est une zone caféière stable, très différente des régions du nord du département.
- Le trajet se fait en bus depuis le Terminal Sud de Medellín, pour un tarif modeste, ou en Chiva depuis Jardín si vous combinez les deux villages.
Où se trouve Jericó et pourquoi s'y arrêter
Jericó appartient au sud-ouest d'Antioquia, cette zone de montagnes caféières qui s'étend entre Medellín et le fleuve Cauca. Le village a été fondé en 1850 et a connu son âge d'or à la fin du XIXe siècle, porté par le café et le cuir. Il est devenu diocèse en 1915, preuve de son poids religieux à l'époque.
Son nom reste attaché à Laura Montoya, religieuse née ici en 1874 et canonisée en 2013. Elle est à ce jour l'unique sainte colombienne, et sa maison natale est devenue un petit musée dans le centre.
À Medellín, on me demande souvent de comparer Jericó à Jardín, son voisin plus connu. Les deux partagent l'architecture colorée et le climat tempéré, autour de 22 °C en journée et 16 °C le soir. La différence tient à la fréquentation : Jardín attire davantage les groupes du week-end, Jericó reste plus calme en semaine. Je conseille les deux si le temps le permet, pas l'un à la place de l'autre.
| Critère | Jericó | Jardín |
|---|---|---|
| Distance depuis Medellín | Environ 3 h | Environ 3 h 30 |
| Fréquentation | Modérée, surtout colombienne | Plus touristique, étrangers compris |
| Ambiance | Religieuse, tranquille | Festive, bars autour de la place |
| Activité phare | Carriel paisa, musées | Café, randonnées, téléphérique |
Que faire à Jericó
Flâner dans le centre historique
Le centre se visite entièrement à pied. Les maisons à balcons en bois, peintes dans des couleurs vives, entourent la place principale. L'église Nuestra Señora de las Mercedes domine la place, avec une façade néoclassique qui tranche avec le reste du village, plus sobre.
Comptez une bonne matinée pour remonter les rues en pente, entrer dans deux ou trois des dix-sept édifices religieux du village et faire une pause dans un des cafés gastronomiques qui ont ouvert ces dernières années. Je recommande d'y aller tôt, avant 10 heures, pour profiter de la lumière sans la chaleur de midi.
Monter au Cerro El Salvador pour la vue sur la vallée
Un chemin en pierre grimpe depuis le village jusqu'à une colline surmontée d'une statue du Christ d'environ 10 mètres, les bras ouverts sur la vallée. La montée prend 20 à 30 minutes à pied, un peu moins en tuk-tuk. Le point de vue domine les toits du village et les montagnes alentour, idéal en fin d'après-midi quand la lumière rase les sommets.
Visiter les ateliers de carriel paisa
Jericó est le berceau du carriel, ce sac en cuir à multiples poches intérieures que portaient les muletiers (arrieros) pour transporter leurs affaires en voyage. L'artisanat a été déclaré patrimoine culturel colombien en 2021. L'atelier de Darío Agudelo reste le plus connu du village et accueille les visiteurs qui veulent voir le travail du cuir en direct, pas seulement acheter le produit fini.
Un carriel artisanal coûte généralement entre 150 000 et 400 000 pesos colombiens, soit environ 35 à 90 euros, selon la taille et la finition.
Passer par les musées du centre
Le village compte plusieurs petits musées, chacun se visite en 30 minutes environ :
- Casa Museo José Tomás Uribe Abad, maison bourgeoise reconvertie, témoin de l'âge d'or caféier.
- Casa de la Música, consacrée aux instruments et à la tradition musicale locale.
- MAJA, musée d'art de Jericó, avec une collection plus contemporaine.
- Casa Natal Madre Laura, maison natale de Sainte Laura, entre lieu de culte et musée biographique.
Marcher dans la réserve Parque Las Nubes
Cette réserve de forêt de nuages grimpe jusqu'à 2 400 mètres sur les hauteurs du village. La randonnée dure environ 2 heures aller-retour, sur un sentier régulier qui traverse une végétation humide typique de cette altitude. On peut y croiser des oiseaux et parfois des singes, selon l'heure et la saison. C'est l'une des sorties les plus accessibles depuis le centre, sans guide obligatoire.
Que faire autour de Jericó
Une finca de café à la journée
Les plantations de café entourent Jericó sur les pentes qui dominent la vallée du Cauca. Plusieurs fincas organisent des visites d'une demi-journée, avec explication de la culture, de la récolte et de la torréfaction, suivie d'une dégustation. Comptez environ 3 heures 30 pour une visite complète avec brunch, pour un tarif autour de 300 000 à 330 000 pesos, soit 65 à 75 euros. Certaines fincas, perchées en bord de falaise, ajoutent une vue sur le canyon du Río Cauca en prime.
Parapente au-dessus de la vallée du Cauca
Deux centres organisent des vols en parapente depuis les hauteurs du village, pour des vols de 10 à 20 minutes au-dessus de la vallée. C'est une activité que je recommande aux voyageurs qui ont déjà vu les sites religieux et cherchent une autre façon de voir le paysage. Une option plus longue, avec retour en jeep, existe pour ceux qui veulent prolonger le vol.
Les chorros de la Quebradona
À une dizaine de kilomètres du centre, ces cascades se visitent en une demi-journée. La descente vers la première chute est raide, prévoyez de bonnes chaussures. L'endroit reste peu fréquenté en semaine, ce qui en fait une bonne alternative si le Parque Las Nubes vous a semblé trop facile.
Où manger et dormir à Jericó
La gastronomie locale suit les codes de la cuisine paisa, avec une spécialité propre au village : le postre jericoano, un dessert en couches de fromage frais et de fruits confits, à ne pas confondre avec la bandeja paisa classique qu'on trouve partout dans la région.
| Type | Nom | Ce qui s'y mange ou s'y dort |
|---|---|---|
| Café colonial | Don Rafa | Petits-déjeuners, cadre ancien |
| Restaurant | La Gruta | Menu du jour, cuisine simple |
| Restaurant chic | Isabel Parrilla Arte Café | Viandes grillées, cadre soigné |
| Hôtel boutique | El Despertar | Terrasse et jacuzzi, centre calme |
| Hébergement familial | Cabañas y Flores | Cabanes pour 4 à 6 personnes, jardin |
Pour l'hébergement, comptez entre 80 000 et 180 000 pesos la nuit en chambre double, soit environ 18 à 40 euros, hors options haut de gamme type finca de café avec hébergement intégré.
Comment se rendre à Jericó depuis Medellín
Le bus de la compagnie Transportes Jerico part du Terminal Sud de Medellín, pour un trajet d'environ 3 heures, le plus souvent via Bolombolo. Le tarif tourne autour de 25 000 à 35 000 pesos, soit 5 à 8 euros, selon l'horaire.
Si vous venez de Jardín, il faut d'abord rejoindre Andes en 30 minutes, puis prendre une Chiva jusqu'à Jericó, pour environ 2 heures 30 de trajet supplémentaire, avec seulement deux départs par jour. Je recommande de vérifier les horaires la veille, directement au terminal, car ils changent sans prévenir.
Une fois sur place, le village se parcourt à pied. Pour les sorties hors du centre, le tuk-tuk reste le moyen le plus pratique, ou la jeep collective qui part de la place principale.
Sécurité à Jericó : ce qu'il faut savoir
Le sud-ouest antioqueño, où se trouve Jericó, fait partie des zones caféières stables du département, loin des dynamiques de conflit qui persistent plus au nord, dans le Bajo Cauca ou le Nordeste antioqueño. Le ministère français des Affaires étrangères ne classe pas cette région parmi les zones à éviter, contrairement à certaines zones rurales plus isolées du pays.
Dans le village même, le risque principal reste le vol à l'arraché sur les grands axes de Medellín avant le départ, pas Jericó lui-même. Une fois sur place, je m'y suis toujours senti aussi tranquille que dans un village colombien ordinaire : rues calmes le soir, population habituée aux visiteurs sans en dépendre économiquement.
Combien de temps rester et quand visiter Jericó
Une journée permet de voir le centre, le Cerro El Salvador et un atelier de carriel. Pour ajouter une finca de café ou une marche dans le Parque Las Nubes, prévoyez deux nuits.
Deux périodes se distinguent sur le calendrier local : le Hay Festival en janvier, consacré à la littérature et aux idées, et le Festival de la Cometa en août, plus populaire et familial. La Semaine sainte attire aussi davantage de visiteurs colombiens, en raison du poids religieux du village. Hors de ces dates, Jericó reste tranquille même le week-end, ce qui en fait un bon choix si vous cherchez autre chose que l'affluence de Guatapé ou de Santa Fe de Antioquia.
Image : Angel OLMEDO, Public domain (recadrée), via Wikimedia Commons
