La première fois que je suis descendu dans la mine de Zipaquirá, en 2017, je m'attendais à une curiosité touristique vite expédiée. J'y suis resté près de trois heures. Depuis, j'y ai ramené une bonne dizaine d'amis venus de France, et la question revient toujours : est-ce que ça vaut vraiment le détour depuis Bogotá, ou est-ce un piège à touristes de plus ? Voici ce que je sais, après plusieurs visites, sur l'histoire du lieu, l'accès, le prix réel et ce qu'on y voit concrètement.
En bref
- La cathédrale de sel se trouve à Zipaquirá, dans le département de Cundinamarca, à environ 50 km au nord de Bogotá.
- Elle est creusée à 180 mètres sous terre, dans une mine de sel exploitée depuis l'époque des Muiscas, bien avant l'arrivée des Espagnols.
- L'édifice actuel date de 1995. Il a remplacé une première église souterraine, construite en 1954 et fermée en 1992 pour des raisons de sécurité.
- Comptez une demi-journée : trajet depuis Bogotá compris, prévoyez 4 à 5 heures aller-retour.
- Elle n'est pas inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, malgré ce qu'on lit parfois. Elle a été élue « Primera Maravilla de Colombia » en 2007, lors d'un concours national, ce qui est une distinction différente.
- L'entrée se fait par paliers (passeports Basic, Standard, Premium) avec des services en supplément : guide professionnel à 110 000 pesos colombiens (environ 24 €), Ruta del minero à 13 000 pesos (environ 3 €).
Qu'est-ce que la cathédrale de sel de Zipaquirá ?
La cathédrale de sel n'est pas une église construite en surface puis décorée de sel. C'est une mine de sel en activité partielle, creusée dans le flanc du Cerro del Zipa, dans laquelle une partie des galeries a été transformée en lieu de culte. Les gisements eux-mêmes datent de plus de 200 millions d'années, remontés près de la surface par des mouvements géologiques à la fin de l'ère tertiaire.
Les Muiscas, peuple installé sur la savane de Bogotá avant la colonisation espagnole, exploitaient déjà le sel de Zipaquirá pour le troc avec les communautés voisines. Le naturaliste allemand Alexander von Humboldt a visité les salines en 1801 et a décrit l'ampleur du gisement dans ses carnets, preuve que le site intriguait les voyageurs bien avant le tourisme de masse.
Aujourd'hui, le site fonctionne comme un ensemble à deux niveaux :
- la cathédrale proprement dite, avec son chemin de croix et sa nef centrale ;
- le Parque de la Sal, en surface, qui regroupe la Plaza del Minero, le musée de la saumure et une zone boisée d'eucalyptus.
Il ne s'agit donc pas d'une simple visite d'église, mais d'un parcours industriel, géologique et religieux à la fois.
Comment se rendre à Zipaquirá depuis Bogotá ?
Trois options existent, avec des durées très différentes. Je prends personnellement le bus quand je n'ai pas de voiture, c'est le plus simple pour un francophone sans réservation à l'avance.
| Moyen de transport | Départ | Durée | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|---|---|
| Bus direct | Portal Norte ou Terminal de Salitre | 60 à 90 min | Départs fréquents, le moins cher, pas de réservation |
| Voiture | Autoroute du Nord | environ 1 h | Le plus flexible, utile pour combiner avec Guatavita |
| Train touristique (Tren de la Sabana) | Estación de la Sabana | 2 à 3 h | Circule surtout le week-end, trajet en lui-même touristique |
Le bus reste mon conseil par défaut : rapide, fréquent, et vous arrivez directement à Zipaquirá sans avoir à gérer un billet de train à l'avance. Le train vaut le coup si vous voulez en faire une sortie en soi, pas juste un transport.
Que voit-on à l'intérieur de la mine ?
Le chemin de croix
Le parcours principal reprend les stations du chemin de croix, sculptées directement dans la roche salée. Chaque station est un autel discret, taillé en bas-relief, éclairé par un jeu de lumières qui change selon la zone. Le passage est tranquille, presque silencieux une fois loin de l'entrée, ce qui explique l'ambiance qu'on y ressent même sans être croyant.
La nef principale et la croix de 16 mètres
Au bout du parcours, la nef centrale s'ouvre sur une croix en sel de 16 mètres de haut, éclairée depuis la base. C'est le point culminant visuel de la visite. L'ensemble actuel occupe environ 8 550 m² répartis sur trois niveaux, bien plus modeste que l'ancienne basilique de 1954 qui atteignait 5 500 m² en une seule nef et pouvait accueillir jusqu'à 8 000 personnes.
Le Parque de la Sal, au-dessus de la mine
Une fois ressorti, le Parque de la Sal mérite qu'on y reste. On y trouve la Plaza del Minero, le musée de la saumure qui explique le procédé d'extraction, et selon le passeport choisi, la Ruta del minero, un parcours complémentaire dans d'anciennes galeries d'exploitation, accessible pour 13 000 pesos (environ 3 €) en supplément.
Combien coûte la visite et quels sont les horaires ?
L'entrée fonctionne par paliers, appelés localement passeports (Basic, Standard, Premium), chacun donnant accès à un périmètre différent du site. Le site officiel ne publie pas les montants en clair au moment où j'écris ces lignes ; seuls certains suppléments sont indiqués de façon fixe :
| Prestation | Tarif en pesos colombiens | Équivalent en euros |
|---|---|---|
| Ruta del minero (en plus du passeport Basic ou Standard) | 13 000 COP | environ 3 € |
| Guide professionnel personnalisé | 110 000 COP | environ 24 € |
| Tarif résident de Zipaquirá (sur justificatif) | 20 000 COP | environ 4 € |
Les enfants de moins de 4 ans entrent gratuitement. Les tranches d'âge officielles distinguent enfants (4 à 12 ans), adultes (13 à 59 ans) et troisième âge (60 ans et plus), mais sans montant public associé à chaque tranche. Avant de partir, je vous conseille de vérifier le prix exact sur le site du Parque de la Sal ou par téléphone, les tarifs de base ayant déjà changé plusieurs fois ces dernières années sans que les blogs de voyage suivent le rythme.
Côté horaires, la cathédrale ouvre tous les jours de 9h00 à 16h40, dernière entrée comprise dans ce créneau. Arrivez idéalement avant 11h : les groupes scolaires et les cars de tourisme remplissent le site en milieu de journée, surtout le week-end et pendant la Semaine sainte.
Pourquoi une cathédrale a-t-elle été construite à 180 mètres sous terre ?
Les Muiscas, premiers exploitants du sel
Avant même l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle, les communautés muiscas extrayaient déjà le sel de Zipaquirá, une ressource rare et précieuse sur le haut plateau andin. L'exploitation s'est poursuivie sans interruption à l'époque coloniale, puis à l'ère républicaine, faisant de ce site l'une des mines les plus anciennes du continent encore en activité partielle aujourd'hui.
De la première chapelle de mineurs à l'église fermée en 1992
L'idée d'un lieu de culte souterrain remonte à 1932 : les mineurs, qui travaillaient dans des conditions dangereuses, aménagent une cavité en chapelle pour prier avant de descendre. Le projet grandit, et une première basilique est inaugurée le 15 octobre 1954. Mais l'exploitation minière continue autour d'elle, fragilise la structure, et l'édifice est fermé en 1992 pour des raisons de sécurité.
La nouvelle cathédrale de Roswell Garavito Pearl
Un concours d'architecture est lancé en 1990. Sur 44 propositions reçues, c'est le projet de l'architecte Roswell Garavito Pearl qui est retenu, avec la direction technique de l'ingénieur Jorge Enrique Castelblanco Reyes. La construction démarre en 1991 et la nouvelle cathédrale est inaugurée en décembre 1995, à une soixantaine de mètres sous l'ancienne, cette fois dans une zone géologiquement stable.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1932 | Première chapelle aménagée pour les mineurs |
| 15 octobre 1954 | Inauguration de la première basilique |
| 1990 | Fermeture pour raisons de sécurité et concours d'architecture |
| 1991-1995 | Construction de la nouvelle cathédrale |
| Décembre 1995 | Inauguration de l'édifice actuel |
| 2007 | Élue « Primera Maravilla de Colombia » |
La cathédrale de sel est-elle classée au patrimoine de l'UNESCO ?
Non. C'est une confusion qui revient souvent, y compris dans certains articles de voyage. La cathédrale de sel de Zipaquirá n'apparaît pas sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. La distinction qu'elle a réellement reçue est celle de « Primera Maravilla de Colombia », obtenue en 2007 lors d'un concours national organisé pour élire les sept merveilles du pays. Les deux titres n'ont rien à voir, et je préfère le dire clairement plutôt que de recopier une affirmation non vérifiée.
Que faire à Zipaquirá après la visite ?
La ville de Zipaquirá elle-même mérite une heure ou deux, surtout si vous avez pris le bus et que vous avez du temps avant le retour. La Plaza de los Comuneros, bordée d'architecture coloniale, est agréable pour un café avant de repartir.
Si vous avez une voiture ou un chauffeur pour la journée, deux options complètent bien la visite :
- La Laguna de Guatavita, à environ 50 km, un lac sacré pour les Muiscas et à l'origine de la légende d'El Dorado. Comptez une demi-journée en plus, le site n'est pas desservi en direct depuis Bogotá.
- Le musée aérospatial de l'armée de l'air colombienne, pour une pause plus courte et moins liée à l'histoire muisca.
Je ne recommande pas de combiner Zipaquirá et Guatavita dans la même journée si vous partez de Bogotá sans voiture : les trajets en bus rallongent trop la journée pour en profiter sereinement.
Mon avis sur la cathédrale de sel, après plusieurs visites
Ce que je retiens après une dizaine de passages avec des amis différents : la visite tient sa promesse la première fois, mais elle demande qu'on prenne son temps. Les groupes qui filent en 45 minutes ratent l'essentiel, surtout la nef centrale, qui se vit en silence plus qu'en photo.
Le vrai point faible, c'est l'affluence en haute saison et pendant la Semaine sainte, où le site se transforme en file d'attente. Hors saison, en semaine, en arrivant tôt, l'ambiance change complètement. Si votre emploi du temps à Bogotá le permet, c'est le paramètre qui fait le plus la différence, bien plus que le choix du passeport ou du moyen de transport.
Image : Michael Tieso, CC0 (recadrée), via Wikimedia Commons
